Au-Delà De Nos Désillusions: Chapitre 5. Décompte
- Mamzèl Tessa
- Mar 26, 2021
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« J'aimerais savoir peindre un cri comme Bacon, ou bien la peur, ce quelque chose qui me fige et me rend si vulnérable. Peindre la peur si précisément que je puisse la toucher, et ainsi la rendre inopérante, l'effacer, l'annuler de ma vie. »
Tahar Ben Jelloun _ Le bonheur conjugal (2012)
***
Nous nous trouvions dans la salle d'attente située au premier étage du bâtiment. Nous étions les uniques occupants permanents du palier. Par moment le concierge ou une infirmière déambulait pour disparaître à travers un mur quelques secondes plus tard.
J'étais assise calmement sur l'une de la demi-douzaine de chaises en fer accolées entre elles dans l'espoir qu'aucun petit futé n'ose les emporter une par une. Ma mère à ma droite avait les yeux fermés. Je supposai qu'elle devait être en train de prier. J'aurais voulu faire comme elle mais je n'ai jamais su quoi dire lorsque je me trouvais en de pareilles circonstances. Je ne pouvais que répéter en moi-même le Notre Père au moins une centaine de fois en précisant que j'espérais que la volonté du Tout-puissant soit clémente à mon égard. Je me tournai vers la gauche. Gardy lui aussi avait fermé ses yeux. Il devait être en train de lutter contre une affreuse migraine. Je fermai à mon tour mes paupières. J'avais besoin de vider ma tête.
J'eus à peine deux secondes de calme.
_ Il est là, m'avait simplement dit ma mère la mine inquiète.
Gardy se leva afin de serrer la poigne de son collègue après quoi ce dernier nous fit entrer nous préparer. Je jetai un dernier coup d'œil à ma mère avant de pénétrer dans la pièce. Elle était visiblement angoissée.
J'avais l'avantage d'avoir mon époux près de moi durant la totalité de l'intervention étant donné qu'il existait entre lui et le chirurgien de cordiales relations. Je ne pris toutefois pas la peine de me souvenir du nom de cet énième médecin que Gardy avait croisé à ce quelconque séminaire; je savais simplement qu'il était un homme sympathique et rieur.
La salle de préparation était remplie d'énormes blouses translucides, de tiroirs contenant des bonnets, cache-nez, gants et chaussons. Quelques infirmières m'aidèrent à enfiler une combinaison ridicule avant de m'emmener au bloc.
Dedans, je restai immobile sur le plan dur où on m'avait mise, faisant face à la lumière quasi-aveuglante de la lampe suspendue au-dessus de moi. Je sentais venir l'angoisse mais tentais de la chasser de mon mieux. Je me réfugiais dans la monotonie des sons émis par le moniteur afin d'oublier que je me trouvais comme ligotée sur une table d'opération attendant à ce qu'on m'endorme pour ensuite me charcuter.
_ Tu trembles.
Gardy!
Il m'avait enfin rejointe, camouflé des très remarquables déguisements. Il me tenait les joues entre ses mains gantées et me les massait comme pour essayer de m'apaiser. Je le regardais. Se souvenait-il seulement de ce que nous nous étions dit la veille? Saurait-il s'en sortir si jamais cela tournait mal? C'est vrai qu'il était uniquement question de réséquer une masse mais qui sait ce qui pourrait se passer ? Les idées se bousculaient dans ma tête. J'avais encore envie de lui parler, de lui dire plein d'autres trucs encore. Ceux qu'il ne savait pas encore, ceux qu'il savait déjà, ceux qu'il savait déjà mais qu'il avait peut-être oubliés. Un dernier rappel ne serait pas mal avant de m'endormir. Je n'osais remuer les lèvres pourtant. Je paniquais à l'idée de ne pas me réveiller et cet effroi prédominait sur tout le reste.
_ Theresa, comptez à rebours en partant de dix, entendis-je me dire la voix de l'infirmière qui m'aidait à me vêtir plus tôt.
J'obéis à la commande, pensant que le pire serait bientôt derrière moi... d'une façon ou d'une autre.
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