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Au-Delà De Nos Désillusions: Chapitre 14. Père précieux

« L'homme si fragile, si souvent sujet à l'erreur, a besoin d'indulgence. » Proverbe persan (1876) *** _ Je mettrai ce chemisier blanc, ce foulard bleu clair, ce jeans noir et mes ballerines blanches.


_ ...


_ Oui, oui. Tu as raison. Le foulard fait un peu trop vieille mais je dois faire bonne impression.


Louise continuait encore à se faire entendre de sa chambre. J'ignorais que Betty était venue réviser avec elle. Je savais par contre que lorsqu'elles disaient étudier, elles s'amusaient plutôt à faire un relooking complet l'une de l'autre et à parler de mode.


Betty était une fille calme, pas très bavarde ; le genre de fille qui faisait tout pour être la plus discrète que possible. Elle était l'opposée de Louise et j'eus du mal à comprendre comment elles avaient pu devenir meilleures amies. Quoique certains aimaient à dire que les contraires s'attiraient, j'étais plutôt de ceux-là qui croyaient que seuls ceux qui se ressemblaient pouvaient s'assembler harmonieusement. Car dans toute bonne relation il faudrait au départ un terrain d'entente si minime soit-il.


_ ... Ou bien je peux mettre de préférence ce corsage lavande et pas de foulard puisque son ruban pourrait servir du même accessoire. T'en dis quoi?


Soit Betty chuchotait ses réponses, soit elle s'était endormie sans que Louise s'en aperçoive.


Je frappai trois coups à la porte avant de l'ouvrir. Un fragment d'étonnement m'envahit quelques secondes à peine à la vue du scénario que je découvris. Puis, je pensai : "Après tout, il s'agit bien de Louise."


_ Salut, maman! Me dit-elle, son ravissant sourire faisant briller son visage de mille feux.


Pas de Betty à l'horizon. Ma fille était en grande conversation avec son ours en peluche qui, en raison de son lourd vécu, ressemblait beaucoup plus à un vulgaire chiffon. Il avait perdu son nez, son oeil gauche et portait au moins une vingtaine de marques de couture. Papi Rico, le père de Gardy le lui avait offert pour son cinquième anniversaire et elle s'y était excessivement attachée. La preuve, plus de dix ans plus tard, cet affreux amas de fibres synthétiques était encore son confident numéro deux. J'observai l'horrible doudou d'un air dégoûté qui interpela ma bizarre de fille.


_ Qu'est-ce que tu as à dévisager Monsieur Jojo de la sorte?


Evitant de répondre à cette embarrassante question, et surtout, n'ayant trouvé que dire à ce sujet, je me contentai de lui exposer le motif de ma visite: _ Nous sortons avec Dany, ton père et moi...


_ Oui, je sais. Vous avez rendez-vous avec les parents de Crystal, me coupa-t-elle.


_ En effet, conclus-je. Simone passera dans une demi-heure, elle te tiendra compagnie. Vous en profiterez pour parler de cette histoire avec laquelle tu voulais qu'elle t'aide avec ton blog.


Son humeur enchantée fit alors place à une mine déçue.


_ J'avais prévu de me rendre avec vous à la rencontre.


_ Pas question.


_ Mais, maman, c'est un grand moment pour Dany. Je dois y être.


Un grand moment. Tu parles!


_ Désolée, ma puce. Cette fois tu n'y seras pas.


_ Je vais demander à papa, me cracha-t-elle alors qu'elle sortait déjà de la chambre en quête de papounet me bousculant presque.


Un jour ou l'autre je finirai par étrangler cette adolescente!


A mon moindre refus elle se réfugiait dans les bras de papa et ce dernier lui disait non que si je menaçais de le mettre sous embargo pendant une semaine ou deux. Mais là, je n'avais aucune carte à jouer car nous étions déjà en mode grève Gardy et moi.


Je lui emboîtai le pas. Lorsque j'arrivai auprès de mon époux, elle y était déjà. Le «non» catégorique que je l'entendis balancer à notre fille me donna presqu'envie de lui sauter au cou.


Au bord des larmes, Louise se réfugia dans sa chambre.


Daniel avait l'air tout aussi décontenancé. Je savais combien il aurait aimé avoir le soutien de son éternelle complice sur ce coup-là mais cela ne se ferait pas. Je connaissais très bien ma louve pour savoir qu'elle risquerait d'envenimer les choses si jamais monsieur et madame "les parents de la fille" s'en prenaient à son frère. Ce dernier n'avait pas prononcé un mot de toute la matinée. Je l'observai. Chemise italienne à grands carreaux rouge grenat empruntée à son père, jeans bleu foncé presque indigo, mocassins et ceinture de cuir; il était impeccable. Mais quoiqu'il fût mieux taillé qu'Yves Saint-Laurent lui-même, cela ne suffirait jamais pour une occasion comme celle-ci.


Au bout d'une dizaine de minutes Simone arriva et l'angoisse de ma fille s'estompa en un rien de temps alors qu'elles entamèrent leur conversation au sujet de son site internet.


Gardy se dirigea vers ma Kia et au passage épaula notre fils qu'il conduisit à la voiture.


_ Ça ne peut qu'aller, fiston, lui dit-il.


Je souris. Il était une évidence que je n'avais aucune raison de m'inquiéter pour mes enfants après mon départ. Ils avaient le plus merveilleux des pères que le monde pouvait offrir. Bon, attentionné et qui, surtout, comprenait que les erreurs caractérisaient la nature de tout humain et que l'essence même de l'apprentissage résidait dans le soutien des proches plutôt qu'en d'éternels reproches au sujet de ce qui ne pouvait être changé.


Nous montâmes en voiture et partîmes pour El Campo, un restaurant cubain en plein air sis au cœur de Delmas 75, où aurait lieu le rendez-vous.

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