Au-Delà De Nos Désillusions: Chapitre 1. Ça roule
- Mamzèl Tessa
- Mar 24, 2021
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Updated: Mar 24, 2021
« La vie est une ivresse continuelle : le plaisir passe, le mal de tête reste. »
Proverbe persan (1980)
***
Nous avions quitté la soirée depuis une vingtaine de minutes et je roulais à fond sur l'autoroute de Delmas en direction de Pèlerin. Si je n'avais pas atteint le plancher, ce qui nous permit de mettre le vent à notre profit, nous aurions probablement fondu sous l'effet de la température infernale qu'il faisait.
A deux heures du matin les rues étaient plutôt désertes, pas étonnant que ma mère se faisait toujours un sang d'encre à chaque fois que Louise et moi nous sortions le soir. Mon père, à l'opposé, était plutôt un positiviste, même si ma mère racontait qu'il n'en avait pas toujours été un. Il nous rassurait en nous disant que sa bonne étoile s'en irait avec nous et veillerait sur nous. Il nous faisait toujours croire que rien ne pouvait nous arriver, et depuis déjà seize ans, nous le croyions les yeux fermés ma sœur et moi. Ma mère était bien la seule qui restait sceptique face à son optimisme illusionné comme elle le qualifiait. « Et si la voiture tombe en panne au milieu de nulle part ? », lui demandait-elle inquiète. « Ben, il suffira juste qu'ils m'appellent et j'irai les rejoindre où qu'ils soient. Et ce, le plus rapidement que possible », répliquait-il. Et pour faire rager ma mère il ajoutait quelques fois à notre adresse : « Ne vous inquiétez pas. Je volerai à votre secours. Même si pour cela il faudrait que j'interrompe une partie de jambe en l'air que votre mère, par ses cris jubilatoires, m'encouragerait à poursuivre. » Et alors ma mère lui plantait le poing dans la saillie de son deltoïde.
_ Vous devriez me payer une fortune ta copine et toi pour le service que je vous rends.
Ça y est. Elle l'avait fait. Je me demandais justement quand elle allait y venir.
Louise s'était chargé d'appeler les parents de Crystal en se présentant comme une amie de leur fille qui organiserait une soirée chez elle. Après avoir parlé à mon père -qui en réalité n'était autre que moi- Monsieur et Madame Legrand avaient donné leur aval. Ils tenaient à communiquer avec ma mère, mais celle-ci était, bien évidemment, indisponible, ayant rendu visite à une cousine dans le New Jersey, mais avait approuvé plus enthousiaste que jamais d'offrir à travers sa fille, l'hospitalité à la leur... et à d'autres.
_ Je t'ai déjà servi de chauffeur pour aller à une soirée à laquelle tu n'étais pas invitée, sœurette. Je crois que c'est largement payer, ça.
_ Tu es sûr qu'il n'y a pas de risque ? Me questionna Crystal à voix basse.
Je lui fis non de la tête.
_ J'aurais quand même trouvé un moyen, et Betty aurait cherché comment me faire entrer à cette fête. Hein, Betty ? N'est-ce pas ?
_ Euh, oui... Clair, répondit la binoclarde.
_ Voilà qui serait certain, dis-je d'une voix pleine d'ironie à ma sœur pendant qu'elle, ignorant la réponse boiteuse de sa meilleure amie et se prenant pour la réplique parfaite de Cher, continuait à nous casser les tympans.
« Do you believe in life after love ? I can feel something inside me say, I really don't think you're strong enough, no ! »
Louise adorait les anciennes choses. Genre, celles qui dataient d'avant la naissance de nos parents pour ne pas dire nos grands-parents. Elle avait un faible pour tout ce qui faisait rétro : les musiques, les films, les bouquins et des fois elle osait l'accoutrement. Elle ne se gênait pas d'aller à la messe vêtue telle une affranchie du temps de la colonie quand ça lui chantait. Nos parents avaient évité de lui faire des remarques car ils disaient que nous pouvions faire toutes les folies que nous voulions tant que cela ne dérangeait ni notre santé, ni notre intégrité. Et l'excentrique de sœur que j'avais s'y donnait à cœur joie. Bizarre, elle l'était. Mais, s'il y avait une chose qui caractérisait Louise avant tout, c'était sa loyauté. Elle me couvrait dès qu'il le fallait et je lui rendais la pareille quand il le fallait. Quoique nos parents étaient plutôt assez ouverts pour des vieux, ce soir-là Louise assurerait mes arrières puisque je ne leur avais pas encore dit que j'avais une copine et pire, qu'elle passerait la nuit dans mon lit.
« So saaad that you're leaving. Takes tiiime to believe this. But after all is said and done... »
Louise arrêta brusquement son massacre. J'imaginai quelques secondes son visage confus et esquissai un sourire. Pour mettre un terme à notre supplice auditif, je venais de débrancher son iPod de la radio. Je sentis l'air plus léger et eus la soudaine impression de mieux respirer.
_ Mais, enfin, Daniel ! Ça ne se fait pas !
Hélas ! Cette sensation de sérénité ne fut que passagère.
_ Du calme, sœurette. Je n'ai fait qu'agir en faveur du bien commun, lui dis-je sous les éclats de rire de Crystal et de Betty.
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