Au-Delà De Nos Désillusions: Prologue
- Mamzèl Tessa
- Mar 24, 2021
- 3 min read
Updated: Mar 25, 2021

« Les années qui passent sont celles qui nous appartiennent, celles du futur nous échappent encore comme jamais. »
Jah Olela Wembo _ Marin des mots (2014)
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"Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles." C'était la phrase qui me venait instantanément en tête à chaque fois que je pensais à la magnifique vie que j'avais. Je menais littéralement une existence de rêve que les mini soucis du quotidien ne pouvait perturber. J'avais deux magnifiques enfants desquels un tout aussi magnifique époux avait su me gratifier, un boulot que j'adorais et un confort qui m'épargnait les sentiments envieux que je pourrais manifester à l'égard des autres. Mais il semblerait que quand tout va aussi bien, pour une raison ou une autre cela dérangeait la nature ou un quelconque individu...
Cette fois encore nous nous disputions. Mais cette fois, Angelie était là. Manuel, avec elle. Assis dans le plus embarrassant des silences, nos invités nous observaient. Je le savais car cette impression de sombrer sous le poids d'un regard ou de plusieurs, je la connaissais que trop bien pour l'avoir vécue plus d'une fois. Eux dans le mutisme, nous reprenions, Gardy et moi, notre vacarme phonique ; un tableau parfait pour un après-midi de Carême.
Probablement toujours aussi inconfortable que quelques minutes plus tôt – puisque la situation allait de mal en pis – Angelie se leva de table en prenant avec elle quelques vaisselles qu'elle porta dans la cuisine. Lorsqu'elle eut fini, Manuel se leva à son tour, et en partant, il tapota l'épaule de Gardy. C'était ce genre de tape qui se voulait être supportrice, encourageante. Le genre qui pourrait être traduite verbalement par quelque chose comme : "Courage, mon vieux. Je te comprends. Je voudrais te le dire mais tu sais comment c'est les femmes."
_ Vous devez prendre le temps d'en parler afin de trouver une solution qui conviendra mieux à tout le monde. Ce n'est pas obligé de se terminer ainsi, nous avait dit Angelie.
Angelie était notre marraine de noces. Nous nous étions connues à l'école des sciences infirmières de l'université d'état et peu de temps après que je me sois mise en couple avec Gardy qui lui était en fac de médecine, nous étions devenues tellement proches elle et moi que je lui avais proposé d'être ma future témoin. Elle était le meilleur choix que j'aurais pu faire.
Avec Gardy, j'ai tout partagé depuis plus de trois décennies. Une amitié exclusive qui dura deux années durant laquelle la confiance que je lui vouais me permit de lui confier quelques de mes plus sombres secrets et durant laquelle tout marchait pour le mieux entre nous : jamais de dispute, que des rires et des conversations sans fin au téléphone. Et ensuite vint l'amour. Un amour inconditionnel avec tout ce qui allait avec : premier baiser, premières escapades, premières caresses, premiers sacrifices, premières cadences, premiers gémissements... les premières fois, quoi ! Des moments jouissifs et inoubliables scellés à jamais dans les mémoires d'une jeune pucelle. Cette période étendue à l'infini n'était toutefois pas sans péripéties. Avec elle avaient commencé les engueulades qui devenaient par moment très régulières voire asphyxiantes. C'était dans certains de ces moments qu'Angelie intervenait en sa qualité de secouriste lançant une bouée salvatrice. Malgré tout cela, nous étions encore les meilleurs amis d'antan Gardy et moi – ou plutôt nous nous considérions comme tels. Nous nous aimions toujours aussi fort qu'avant et nous faisions de cet amour notre bouclier face à la vie, face à l'inconnu et aussi face à nos ennemis connus – parce que nous en avions pas mal. Cette arme nous avait permis de surmonter bien plus que de simples obstacles d'adolescents. Elle nous avait forgés, nous avait donné la rage de vivre, de faire de chaque jour une nouvelle opportunité pour façonner au mieux notre quotidien et notre avenir ; elle était une raison pour avancer malgré toutes les difficultés qui allaient et venaient. Je pouvais donc dire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Mais, comme je l'ai dit tantôt, il semblerait que quand tel est le cas, pour une raison ou une autre, cela dérangeait la nature ou un quelconque individu. Et quand cela perturbait tant, mère nature n'avait d'autre choix que de semer la pagaille dans le havre de paix de ceux qui la nuisaient.
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